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Sparkle in Grey: interview par Autres Directions


Au gré de ses coups de cœurs, en fonction de ses moyens, Disasters By Choice aura produit ces dernières années quelques disques aussi discrets que touchants. Pour preuve la musique des Italiens Sparkle in Grey, toujours en équilibre. Inutile d’écouter « A Quiet Place » autrement qu’à fort volume, dans le calme et avec attention : la fuite s’écrit ici avec patience et minutie. Rencontre avec l’âme du groupe, Matteo Uggeri.

Dans quel environnement as-tu grandi ?
Comment la musique est-elle entrée dans ta vie ?

Matteo Uggeri : Mes parents ne jouent d’aucun instrument. Ma mère a toujours été très passionnée de musique mais mon père déteste ça ! Je n’ai longtemps écouté que des chanteurs italiens (Guccini, De André...) et c’est peut-être à cause de ces contrastes familiaux qu’en grandissant, j’ai commencé à m’éloigner de la musique traditionnelle pour apprécier de plus en plus l’électronique et les musiques expérimentales. J’ai eu ma période dark/new wave. J’écoutais donc des groupes comme The Cure, Bauhaus, Joy Division, And Also The Trees... et je me mettais systématiquement en quête de vrai noise quand j’entendais mon père s’exclamer « mais qu’est-ce que c’est que ce bruit ? » à propos des cris de Peter Murphy. C’est comme cela que j’ai découvert les Throbbing Gristle, les SPK, etc... J’ai décidé de commencer à faire de la musique le jour où j’ai découvert les sons dévastateurs de Controlled Bleedings. Je me suis dit « voilà, moi aussi je peux faire des choses comme ça ! ». Mais en fait ce n’était pas si facile...

Sparkle in Grey ?
Sparkle in Grey est d’abord né comme un projet solitaire et électronique dans le style de Warp ou de Morr Music qui sont des labels que j’écoutais beaucoup à la fin des années 90. Comme je venais de la musique industrielle et noise et que j’avais déjà joué dans des projets de ce genre (Normality/Edge et Der Einzige, à partir de 1994), j’avais peut être besoin de davantage de mélodies et de « légèreté ».
A ce moment-là, je jouais avec Cristiano Lupo, le guitariste et batteur du groupe new wave/experimental Norm. Je m’occupais des bases rythmiques et lui jouait des instruments avec un autre musicien : Agostino Brambilla (basse et guitare). Ce n’était pas une chose très complexe mais c’était le point de départ de la nouvelle incarnation de Sparkle in Grey. Quand Alberto Carozzi, un autre ami, m’a demandé de faire un concert avec lui, j’ai accepté et nous avons alors joué sous le nom Sparkle in Grey sans presque aucune répétition. C’était un concert très confus mais pas trop mal ! C’était en septembre 2006.
Aujourd’hui nous sommes quatre, avec Franz Krostopovic qui joue du violon, du piano et des claviers. Nous aimons beaucoup mélanger nos instruments, que chacun puisse utiliser l’instrument de l’autre (sauf le violon dont seul Franz sait jouer !).

Que représente pour toi le titre de votre disque "A Quiet Place" ? Est-ce ta façon de t’échapper de la vie quotidienne que de faire de la musique ?
Exactement. Le titre et les dessins aussi renvoient à l’idée de s’échapper, de se trouver une petite place dans la vie où l’on puisse se sentir bien, loin des problèmes de la vie quotidienne. Je suis conscient que ça n’est pas particulièrement original mais c’était exactement ce que je cherchais après avoir enregistré le disque précédent, « The Echoes of Thiiings ». Beaucoup de temps s’est écoulé entre ces deux disques et c’était pour moi une période un peu tourmentée.
Quand j’ai commencé à jouer avec Alberto et Cristiano, nous nous sommes tout de suite retrouvés sur la même longueur d’ondes et en particulier avec Cristiano qui appréciait beaucoup l’idée de pouvoir s’échapper avec la musique. En fait, c’est lui qui nous a poussé à suivre cette voie dans nos albums. Le prochain s’appellera « Mèxico ». Nous sommes en train de l’enregistrer et le troisième, si troisième il y a, sera une nouvelle fois lié à la fuite.
Comme Alberto le disait dans une autre interview, avoir le titre du disque avant d’enregistrer nous aide à en définir l’atmosphère : les morceaux d’« A Quiet Place » sont fondamentalement calmes mais pas tous : « Pim in Delay » est beaucoup plus tendu par exemple. Pour nous, la fuite se concrétise le jeudi soir, simplement quand nous nous rencontrons pour manger ensemble et pour jouer - c’est aussi particulièrement vrai lorsque nous sommes en tournée, ce qui n’arrive malheureusement pas souvent. A travers la musique, nous nous échappons donc de notre travail quotidien, de nos copines, de nos maisons... Mais c’est bien d’y retourner aussi !

Est-ce une activité vitale pour toi de faire de la musique ou bien l’envisages-tu simplement comme une façon de « passer le temps » ?
Mon dieu ! J’ai un travail normal et donc je n’ai pas assez de temps pour la musique. Nous ne pouvons répéter tous les quatre qu’une fois par semaine, le jeudi soir. J’habite au quatrième étage et il n’y a pas d’ascenseur. Quand je rentre à la maison au beau milieu de la nuit avec tous mes trucs (l’ordinateur, le mini-mixer, la trompette, les câbles et toutes les petites choses que j’utilise), je me demande à chaque fois pourquoi je fais tout ça.
C’est vrai que quelque fois j’aurai envie d’être né avec d’autres centres d’intérêt : la pêche, le bricolage, la Formule 1... Mais peut être que cela aurait été tout aussi fatiguant. Jouer est une activité vitale pour moi mais je pense que c’est la même chose pour les autres membres de Sparkle in Grey et d’une façon générale pour tous les musiciens que je connais. En fait, je ne joue pas exactement d’un instrument. Est-ce qu’un ordinateur rentre dans cette catégorie ? Je ne sais pas mais en ce qui me concerne, c’est surtout le fait de créer de la musique qui est vitale. J’aime faire des mixes avec les sons des autres, imaginer des nouvelles musiques et j’aime aussi partager, publier ou faire publier ma musique, lire les chroniques, vendre ou donner mes CDs et faire des concerts, évidemment ! Les interviews ne sont pas mal non plus !

Peux-tu m’en dire plus sur Hue ? (les pochettes des disques sont très belles)
Merci beaucoup ! Hue c’est le nom que j’utilise pour mes projets solo, qu’il s’agisse de musiques ou de productions graphiques. J’aime travailler sur les pochettes des disques, les miens, ceux d’autres artistes aussi. Le problème, c’est qu’en général je ne suis jamais satisfait de mes travaux en la matière et ce malgré le fait que beaucoup de gens les trouvent très beaux... J’ai peut-être fait une grande erreur dans ma vie (voire plusieurs !) : j’ai décidé de me dédier à la musique plutôt qu’au dessin, à la photographie ou à l’écriture ! Mais c’est vrai que j’aime beaucoup les personnages que je dessine, les « roundmen » comme je les appelle (« les hommes ronds ») : je les dessine lors des réunions au travail - je m’y ennuie beaucoup !

Quels sont les projets futurs de Sparkle in Grey ?
Nous avons déjà enregistré un nouvel album et un mini-LP. L’album s’appelle « México » et il est un peu différent de « A Quiet Place ». Il y a encore de l’électronique mais les instruments « traditionnels » sont davantage mis en évidence et nous avons aussi élargi notre palette sonore avec d’autres instruments comme la cornemuse, la trompette, les claviers et le piano. Il y a aussi d’autres personnes qui jouent sur ce disque, entre autre un batteur de jazz qui aime beaucoup les rythmes africains... Nous avons aussi envie de changer un peu l’approche de notre musique, qui reste surtout instrumentale. Dans le futur, nous aimerions y introduire certains aspects politiques, pouvoir dire quelque chose sur la situation du gouvernement en Italie - qui en ce moment est terrible...

Avec qui rêves-tu de travailler ?
C’est encore un secret mais nous voudrions demander à Angèle David-Guillou (Klima, Piano Magic) de chanter sur un de nos morceaux : c’est une chanteuse extraordinaire et sa voix serait parfaite pour la chanson au piano qui ferme « México ». Je l’avais interviewée pour un petit webzine italien et j’espère qu’elle acceptera. Sinon pour le mini-LP qui s’appelle « Sleep that Knits the Ravelled Sleeve of Care », je voudrai demander à Gordon Sharp de Cindytalk s’il aimerait collaborer. Pour en finir avec les rêves, Alberto et moi avons vu un concert de Peter Broderick et Nils Frahm qui nous a beaucoup marqué... Je ne sais pas, j’aime vraiment travailler avec d’autres musiciens. J’espère avoir l’occasion de travailler avec ces grands artistes !

interview de jérôme
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juin 2009